4 erreurs à éviter en pédagogie par projet

Laurie Mezard
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Bienvenue dans cet avant-dernier épisode de notre série sur la pédagogie par projet !

Aujourd’hui nous allons vous partager 4 erreurs à éviter lorsqu’on se lance en mode projet.

Comme précédemment, vous avez le choix entre nous écouter au format podcast, ou nous lire un peu plus bas.

Bonne réflexion !

Erreur 1 : Croire qu’un projet est forcément motivant

La première erreur, c’est de considérer que le projet est intrinsèquement motivant.

Certes, un livrable projet est ancré dans le réel - c’est une tâche de la vraie vie -, donc ça va sans doute être plus facile de convaincre vos apprenants que ça en vaut la peine, que c’est intéressant pour eux de s’investir dans le projet.

Mais il ne faut pas oublier qu’ils vont aussi devoir gérer un haut niveau de responsabilité et d’inconfort.

Donc si les apprenants n’ont pas développé un fort sentiment d’efficacité personnelle - s’ils ne sont pas convaincus qu’ils peuvent le faire, qu’ils peuvent influer sur leur environnement -, ils vont probablement voir ça comme une énorme prise de risque.

Plutôt que de considérer qu’ils vont magiquement être motivés, il va falloir légitimer cette prise de risque en soignant particulièrement le lancement du projet. Démontrer l’intérêt du projet, les aider à se projeter, à identifier leurs ressources, à adopter la bonne posture… bref, les coacher !

Erreur 2 : Ne pas laisser le droit à l’erreur

La deuxième erreur, et qui peut être particulièrement contre-productive, c’est de se concentrer uniquement sur le livrable.

Un projet, ça peut rater, et c’est même important qu’il y ait cet espace pour rater. Sinon vous décuplez encore plus la prise de risque des apprenants !

Alors qu’on sait tous que des fois il y a des imprévus, des détours, des blocages, qui sont difficilement prévisibles. D’autant plus que les échecs peuvent être également très apprenants !

Donc il faut laisser de l’espace pour que le résultat ne soit pas à la hauteur, pour que le livrable ne soit pas parfait. Il faut dédramatiser les erreurs et plutôt mettre en avant le fait que le projet, c’est un terrain de jeu pour : expérimenter, suivre sa curiosité, tester des trucs dans le rapport qu’on a avec les autres.

Un étudiant devant une experience qui a raté
Le droit à l'erreur, c'est important !

Il s’agit de présenter ça comme un terreau fertile qui permet d’apprendre, même si le résultat final n’aboutit pas.

Il faut bien replacer l’apprentissage au coeur du projet et ouvrir les yeux des apprenants sur le fait que le processus est tout aussi important que le résultat parce que sinon vous prenez le risque d’avoir des apprenants qui paniquent dès qu’ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas aller au bout de leur projet. Or ce n’est pas le but : le but c’est d’extraire autant de jus, autant de matière apprenante, qu’on peut de cette activité projet.

Erreur 3 : La pédagogie par projet, envers et contre tout !

La troisième erreur, c’est d’être dans le dogmatisme !

Passons au-dessus des gueguerres entre cognitivistes et constructivistes : les affirmations pompeuses comme quoi un modèle est franchement meilleur que l’autre sont contre-productives. Ce qui compte, c’est de comprendre les besoins des apprenants qu’on a devant nous, et de nous adapter à eux.

Si des fois ça demande de faire une remédiation plus descendante pour rassurer des apprenants en insécurité, et bien faisons le !

Si vous avez des apprenants qui ont des faiblesses cognitives ou s’ils sont très désorganisés, il faudra plus guider, il faudra donner plus de méthodes et d’apports théoriques directs. Parce que vous risquez de les perdre si vous restez sur vos positions en mode ‘non, non, nous on fait de la pédagogie par projet, je ne peux pas te donner la réponse’.

Un prof aide un étudiant
Il faut parfois être plus directif avec des apprenants

C’est pour moi le pire que vous pouvez faire avec une pédagogie par projet : vous y tenir mordicus alors qu’en face vous avez des apprenants qui sont pas prêts à la démarche projet.

S’adapter pour mettre en sécurité, c’est la clef !

Erreur 4 : Commencer trop tôt

Et enfin la dernière erreur, c’est de commencer trop tôt.

Il y a des disciplines qui se prêtent bien à l’approche projet directement parce qu’on peut produire quelque chose sans un gros socle de compétences préalables. Par exemple, si je fais des études de fleuriste, je peux réussir à sortir un bouquet qui a une bonne forme après quelques jours d’essais.

Mais preons l’exemple du développement informatique, qui est ma discipline à la base. Si on donne tout de suite un projet de site web à quelqu’un qui n’a pas acquis certains gestes préalables, certains réflexes, vous allez le plonger dans un environnement trop complexe et là, bim, surcharge cognitive assurée.

Donc pour certains apprentissages il faut d’abord acquérir les bases, les solidifier et les automatiser, avant de se faire plaisir et de passer en mode projet.

On retrouve finalement cette notion de ne pas être dogmatique et de se rendre compte quand c’est approprié et quand les apprenants sont prêts à faire face à la complexité d’un projet - à la fois du point de vue des connaissances à acquérir via le projet, et au vu de la maturité et de la capacité à s’organiser des apprenants.

Voilà, et petit point bonus, comme évoqué dans un épisode précédent, n’oubliez pas de bien animer votre projet sur un temps long, pour remettre de l’énergie dans le projet régulièrement !

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Laurie Mezard

Co-fondatrice et spécialiste Pédagogie


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